Ministère de l'Economie et des Finances (MEF)   Unité de Coordination et de Suivi de la Politique Economique (UCSPE)

Document de Stratégie pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (DSRP) au Sénégal
Document de Politique Economique et Sociale (DPES)

Analyse de la Pauvreté au Sénégal

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DSRP  DPES

 

Profil de pauvreté   [haut]

Pour caractériser la pauvreté, une ligne de pauvreté a été définie comme un seuil en deçà duquel le ménage (ou l’individu) est considéré comme pauvre (ESAM-I, 1994/95; ESAM-II, 2001/2002; QUID, 2001).

Les résultats de la deuxième Enquête sénégalaise auprès des Ménages (ESAM-II), montrent que l’incidence  de la pauvreté reste élevée même si elle a baissé de façon significative dans la période.

 

Au niveau ménage  [haut]

Au niveau ménage, l’incidence de pauvreté est passée de 61,4% (1994/95) à 48,5% (en 2001/2002), correspondant à une baisse relative de 16%, mais ces taux sont largement en dessous de l’incidence de pauvreté du point de vue de l’approche basée sur la perception des chefs de ménage.

En effet, les résultats de cette approche dite subjective indiquent que 65% des ménages interrogés se considèrent comme pauvres et 23 % d’entre eux se déclarent même très pauvres. En outre, à l’opposé des mesures objectives qui montrent une réduction de la pauvreté, les mesures subjectives indiquent une augmentation dans la même période. Près de deux ménages sur trois (64%) estiment que la pauvreté s’est aggravée au cours des cinq dernières années contrairement aux mesures objectives qui indiquent une réduction de 16%.

La pauvreté est plus répandue au sein des chefs de ménage dont le niveau d’instruction est le plus bas. Près de 55% des chefs de ménage sans instruction sont pauvres contre 46% pour ceux qui ont le niveau primaire. De plus, l’incidence de la pauvreté baisse plus sensiblement dans les ménages où le chef a atteint le niveau secondaire (26%) ou supérieur (12,5%). Le faible niveau d’instruction des femmes accentue davantage cette pauvreté au sein des ménages.

L’incidence de la pauvreté augmente avec la taille du ménage. La taille moyenne des ménages des 20 % les plus pauvres est de plus de 10 personnes alors que parmi les 20 % les plus riches, elle est de 8 personnes.

 

Milieux urbain et rurale  [haut]

La réduction de l’incidence de la pauvreté est plus marquée en milieu urbain qu’en milieu rural. En milieu rural, 65,2% des individus et 57,5% des ménages vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ces pourcentages sont plus faibles dans les autres villes (respectivement 50,1% et 43,3%) et nettement plus bas à Dakar (42,0% et 33,6%). Ainsi, le milieu rural contribue à hauteur de 65% à la pauvreté, pour une population de moins de 55% du total. En revanche, Dakar qui compte près d’un quart de la population y contribue pour moins de 18%.

Les régions de Ziguinchor et de Kolda, confrontées pendant plusieurs années à la crise casamançaise, (insécurité), et à l’enclavement, enregistrent les taux les plus élevés de pauvreté (supérieure à la moyenne nationale) : respectivement 67,1% et 66,5% (voir tableau 2). Ces régions sont suivies de Kaolack (65,3%) et Diourbel (61,5%), qui se situent au coeur du bassin arachidier et qui subissent les effets du déclin des activités économiques liées à l’arachide dans un contexte d’absence d’activités économiques alternatives et Tambacounda (56,2%). Les régions moyennement pauvres de Thiès (48,6%), Fatick (46,3%), Saint-Louis/Matam (42,1%) disposent de plus de revenus du fait des activités dans les secteurs touristiques, les cultures irriguées, la pêche, les transferts des émigrés (surtout pour Matam), la présence d’industries agroalimentaires (en particulier pour Saint-Louis) et extractives (Thiès). Enfin, les deux régions les moins pauvres que sont Dakar (33,6% et Louga 36,6%) connaissent d’importants flux de transferts. Par ailleurs, Dakar constitue un pôle économique, industriel, administratif, intellectuel et culturel alors que la région de Louga dispose de richesses liées à l’élevage.

 
 

Déterminants de la pauvreté   [haut]

 

Insuffisances de revenus  [haut]

De 1960 à 1993, la croissance annuelle moyenne de l’économie est estimée à environ 2,7 % par an, soit en dessous du taux de croissance démographique (2,9% l’an sur la période). Cette faible croissance s’est traduite par une baisse des revenus réels par tête et de l’emploi ainsi que par une augmentation des inégalités. Cette situation de crise économique et sociale a amené le Sénégal et ses partenaires de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, à réviser la parité de leur monnaie commune par rapport au franc français.

Après la dévaluation du franc CFA intervenue en 1994, l’économie a renoué avec la croissance pour une progression moyenne du PIB d’un peu moins de 5% l’an de 1994 à 2002, dans un contexte de maîtrise de l’inflation et de réduction continue des déficits publics. Ce redressement de la croissance est imputable au regain de compétitivité de certains produits d’exportation notamment les produits halieutiques, les produits arachidiers, les phosphates, etc.

Comme énoncé précédemment, la part des ménages pauvres a diminué de 61,4% à 48,5%, soit une baisse en termes relatifs de l’incidence de la pauvreté de 16%. L’impact de la croissance sur l’incidence de la pauvreté des populations a été cependant atténué par l’inefficacité des politiques de redistribution. Les inégalités mesurées par l’indice de Gini sont restées stables et ont même légèrement augmenté. En effet, cet indice estimé au niveau des individus est passé de 32,6 en 1994-95 à 34,2 en 2001-02. En d’autres les 20% les plus riches de la population réalisent plus de 41% des dépenses annuelles totales contre 8,1% pour les 20% les plus pauvres.

Ainsi, les performances économiques et financières enregistrées ces dernières années restent encore insuffisantes pour réduire de façon plus significative la pauvreté en vue d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), notamment la réduction de l’incidence de la pauvreté de moitié à l’horizon 2015. En effet, avec le rythme actuel de progression de l’économie, il faudra 30 ans environ pour doubler le PIB par tête qui demeure l’un des plus faibles au monde (635 $ US en 2003)..

 

Education et pauvreté  [haut]

Les ressources budgétaires allouées au secteur augmentent d’année en année. En effet, celles-ci sont passées de 32% du budget de fonctionnement en 2002 à près de 40% en 2005, ce qui traduit une importante volonté des autorités pour le renforcement du système éducatif qui demeure un axe central de la croissance et de la lutte contre la pauvreté. Cependant, les résultats obtenus sont mitigés. Dans l’ensemble, près de 80% des enfants scolarisés dans l’enseignement primaire habitent à moins de 30 minutes de leurs établissements scolaires. C’est en milieu urbain (87,3%) et à Dakar (92,9%) en particulier que les établissements scolaires sont plus accessibles. En revanche, en milieu rural, la proportion d’élèves résidant à moins de 30 minutes des établissements primaires est de 69,5%. Environ, 56% des populations sont satisfaites de la qualité des services éducatifs et c’est en milieu urbain que le niveau de satisfaction est plus élevé.

Le taux brut de scolarisation élémentaire est en constante progression passant de 69,4% à 82,5% entre 2001 et 2005 mais reste insuffisant. Il est de 95% dans les zones urbaines et de 70% dans les zones rurales.

 

Santé et pauvreté  [haut]

La part des dépenses budgétaires allouée au secteur de la santé ne cesse de progresser. En effet, conformément aux objectifs intermédiaires retenus dans le premier DSRP, celle-ci est passée de 9,5% en 2003, à 9,8% en 2004 et 10% en 2005. Ces ressources ont, entre autres, permis le recrutement de 511 agents en 2005 dont 125 médecins, 63 infirmiers d’État, 57 sages-femmes, 20 techniciens orthopédistes, 25 assistants sociaux, 10 aides-sociaux, 10 ingénieurs des travaux de la statistique ainsi que des techniciens supérieurs et du personnel d’appui. Toutefois, le secteur reste caractérisé par une insuffisance des infrastructures sanitaires et sociales et en qualité des prestations de services. Le personnel de santé est mal réparti, peu motivé à exercer ses activités sur l’ensemble du territoire national en particulier au niveau des zones pauvres et reculées. 51. L’accès aux services de santé reste difficile au Sénégal, surtout en cas d’urgence. En effet, selon l’enquête ESAM-II, seuls 57,4 % des populations sont à moins de 30 minutes d’un service de santé, avec une très forte disparité entre la capitale (Dakar) et les autres milieux de résidences. Ce taux est de 86,5% à Dakar contre seulement 41,2% en milieu rural.

 

Malnutrition  [haut]

La malnutrition des enfants continue d’être un problème de santé publique au Sénégal. La situation nutritionnelle est caractérisée par une prédominance du retard de croissance, de l’insuffisance pondérale, de la carence en fer (anémie), en vitamine A et en Iode principalement chez les enfants, les adolescentes et les femmes. Ces carences nutritionnelles ont des conséquences graves sur la santé, en termes de morbidité, de mortalité et de dépenses de santé, sur la productivité économique et sur la réduction des performances scolaires.

Les prévalences de la malnutrition sont encore élevées au Sénégal, particulièrement en zone rurale. Ainsi, le niveau de l’insuffisance pondérale est deux fois plus élevé en milieu rural (22%) qu’en milieu urbain (10%). Les régions les plus touchées sont Kolda, Matam et Saint-Louis qui présentent les niveaux qui atteignent 30% pour l’insuffisance pondérale.

 

Accès à l'eau potable  [haut]

En ce qui concerne l’accès à l’eau potable, des résultats très satisfaisants ont été obtenus ces dernières années. En effet, d’après les résultats de ESAM-II, seulement 6,5% de la population n’a pas accès à l’eau en 2002.

En milieu rural, le taux d'accès raisonnable à l'eau potable a connu une progression passant de 56% en 2000 à 64% en 2004. Les consommations spécifiques sont encore très faibles. Les usagers des bornes-fontaines qui représentent 35% des ménages ruraux consomment à peine 20 l/j/pers.

 

Accès à l'assainissement  [haut]

En matière d’assainissement, le taux d'accès en milieu urbain a connu une progression limitée sur la période 2000-2004, passant de 56 % à 57%. En 2004, le taux d'accès était relativement substantiel à Dakar, où 64% des ménages disposaient d'un système adéquat d'assainissement, dont 25% par assainissement collectif et 39% par assainissement autonome ou semi-collectif. Par contre, l'accès était faible dans les autres centres urbains, où seulement 39% des ménages disposaient d'un système d'assainissement. En milieu rural, 28% des ménages ne disposent d'aucun système d'évacuation des excréta, alors que la plupart des ménages sont équipés de latrines traditionnelles qui ne répondent pas aux normes internationales.

    

Accès aux services énergétiques  [haut]

L’analyse sur les insuffisances de performances en matière d’accès aux services sociaux de base et de la compétitivité du secteur productif, a montré leur forte corrélation au déficit en services énergétiques. En effet, la consommation énergétique demeure encore faible, en raison de (i) la faiblesse de l’offre par rapport à la demande, (ii) le coût élevé d’accès aux services énergétiques, (ii) la qualité du service.

Par ailleurs, la pauvreté en milieu rural est fortement corrélée au déficit en services énergétiques, car l’approvisionnement en eau, la mouture de céréales pour l’alimentation, la recherche du bois de chauffe pour la cuisson qui sont autant de tâches dévolues aux femmes s’exécutent encore à l’aide de la force physique sur la base d’instruments rudimentaires.

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